mercredi 19 octobre 2011

retour fun

L’assigné à résidence s’était évadé, d’abord à Guérande pour un atelier-lecture avec Pierre Notte, puis à Nantes pour MidiMinuitPoésie #11, enfin pour une lecture à La Grigonnais. Ce mardi, il pleut sur Rennes… donne-moi la main ; petites averses successives qui ne rendent pas mon cœur chagrin : intermittence du spectacle. Lionel taille et tronçonne à Beauséjour. Comme lui, j’aime jardiner sous la pluie. Piètre marcheur, je continue de découvrir, petitement, Rennes à pieds, jusqu’à me laisser coincer dans des ruelles se terminant en impasses. Rue Victor… Ségalen, oui, il y a un accent sur la plaque, qui agace le (sans circonflexe) tatillon (suranné, ringard ?) que je suis ; quel béotien a dit que les noms propres n’ont pas d’orthographe ? Qu’on n’oublie pas, quand Jacques y aura son boulevard, de n’y point mettre d’accents : Serena.
Autrement dit : Rugissement de la tronçonneuse.

 

Je me répète, encore, mais pour rejoindre la villa, on suit quelques jolies pancartes (Terrain des gens du voyage, Déchetterie, Cimetière du Nord – et, par la rocade, Beauregard… vers Beauséjour, ne manque plus que Bellevue) et on passe, le plus souvent, devant la Maison funéraire. Dites et répétez à haute voix (et non à voix haute, s’il vous plaît…) : MAISON FUNÉRAIRE, MAISON FUNÉRAIRE, MAISON FUNÉRAIRE, n’y entendez-vous pas un son fun ?


Qu’on me pardonne, mais je ne peux le taire : Pierre Notte souffre d’une très inquiétante pathologie. Au Théâtre Athanor de Guérande où nous nous sommes retrouvés pour animer (surtout lui, ouf !) un atelier-lecture d’œuvres de théâtre (Marion Aubert, Leslie Kaplan, Émilie Valantin, Noëlle Renaude, Pauline Sales, Tilly, Stéphane Guérin, Emmanuel Darley, Jean-Michel Ribes, Philippe Minyana, Jacques Rebotier, Fernando Arrabal, Jean-Claude Grumberg) avec les jurés du Prix d’écriture théâtrale de la ville chère à Balzac (et tant d’autres), il avait, à Anne-Gaëlle Orgebin et à moi-même (depuis quelque six mois, j’écris avec un stylo-plume-Parker-cher-Pierre-Notte, retrouvant ainsi, cher Roger Lahu, l’usage de ma chère encre sépia), apporté des cadeaux. Voilà  donc : ce tendre Pierre, visiblement incurable, ne peut s’empêcher de répondre à quelque invitation ou rendez-vous que ce soit les bras chargés. Dans le paquet que j’ai ouvert étaient réunis, posés sur une jolie corbeille habillée d’un tissu écossais, un flacon et des sachets d’essence de vanille, de poudres de safran, de curry, de colombo, de cumin, de gingembre et de paprika.
De quoi, en retour obligé, inventer la recette du plat que Raoul Ruiz évoquait dans une interview tout récemment rediffusée par France Culture : lentilles et artichauts au safran et au miel (mais qui m’offrira demain lentilles, artichauts et miel ?).
Ou, afin de mitonner un curry (ou curri, ou cari, ou cary, mais pas carie) plutôt créole, sinon un colombo, déjà expérimentés :
Pour 8 personnes : 1,5 kilo environ de longe de porc (échine, carré de côtes ou filet) ou de joue de porc (soit 150 à 200 grammes par personne)*, 1 kilo d’oignons, 1 kilo de tomates (ou, en hiver, 2 boîtes de tomates concassées sans les égoutter).
Dans une sauteuse ou une cocotte, faire revenir à feu vif et à découvert le porc détaillé en gros dés avec 2 cuillers à soupe d’huile d’olive, jusqu’à ce qu’il prenne une belle couleur dorée. Baisser le feu et mettre les oignons coupés en lamelles en ajoutant une autre cuiller à soupe d’huile d’olive, et laisser revenir 8 à 11 minutes à couvert en remuant de temps en temps. Verser la chair des tomates pelées et épépinées, 2 pots de yaourt bulgare et 2 cuillerées à soupe de curry en poudre. Bien saler, sans poivrer, et bien mélanger le tout. Couvrir et laisser cuire à feu doux et en surveillant et en remuant de temps en temps pendant 1 h 1/2 à 2 heures ; 3 minutes avant de couper le feu, ajouter 3 pommes coupées en morceaux ou un demi ananas également coupé en morceaux et remuer.
Servir avec de la noix de coco râpée, 4 bananes coupées en rondelles et des raisins gonflés au rhum présentés dans 3 ramequins. Accompagner de riz et/ou des patates douces en robe des champs et/ou de grains de blés bouillis.
On réalisera un colombo en remplaçant le curry par 5 cuillers à soupe de cette épice en poudre, mélange, pour la plus belle réussite des ragoûts antillais, anis, coriandre, safran, etc.

* On peut avantageusement (d’un point de vue gastronomique) remplacer le porc par de l’épaule d’agneau désossée, ou moins avantageusement par du blanc de poulet ou de dinde (très belle réussite, toutefois, du sauté de dinde Leader Price à 5 ou 6 euros le kilo : les convives demandent quelle est cette viande si moelleuse – c’est essentiellement parce qu’elle a cuit près de 2 heures).

À Nantes vendredi soir (Bistrot de l’écrivain), samedi (Pannonica) et dimanche (Flesselles), MidiMinuitPoésie #11. Texte d’ouverture magistral par Magali Brazil : chapeau (bas) ! Invité pour une lecture croisée avec son camarade picard Ivar Ch’Vavar, et une lecture personnelle, Lucien Suel n’a pu venir, frappé par le décès brutal de son frère. Toutes et tous avons, bien sûr, beaucoup pensé à lui. Je me suis souvenu du délexquisavouricieux dîner poétique que nous avions fait ensemble au Triangle, à Rennes, le 25 septembre 2002, jour depuis lequel nous n’avons cessé d’échanger, par la lecture, l’écriture. Je me suis donc proposé pour lire les textes qu’il avait choisis, avec ma pauvre voix, mais ma meilleure, ou ma plus affectueuse, volonté.
Lors de ces grandes et longues journées de rencontres, on ne peut tout voir, tout entendre, ni partager avec tous. Inoubliables et ferments de belles sympathies débutantes, les échanges qu’il m’a été donné de vivre (oui, oui, vivre) avec Ivar Ch’Vavar, Dominique, Iskandar Habache et Matthieu Goszola, singulièrement… Au brunch (ouh ! quel vilain mot) du dimanche, Iskandar a traduit en arabe, et lu, un poème de Lucien. Waouh, sœurs et frères, une belle et bonne édition.
Alors, après, les au revoir, les va où, trains, voitures, les retours-maisons dans, comme chaque fois, ce sentiment de vide brutal, un rien mélancolique, façon p’tite dépression post festum.

Hier lundi, 17 octobre. À l’écart du bourg de La Grigonnais (berceau des magnifiques saltimbanques Marilyn Leray, Hervé Guilloteau et Sébastien Rouaud), lecture chez l’habitant. Pierrot et Marianne, leurs enfants Hélène et Sébastien, leurs proches, fidèles, complices, voisins… Conversations heureuses, tant d’amis en commun, d’amis, de goûts. Vins, fromages. Graines d’automne. Comment ne pas lire, ce jour-là, Ludovic Janvier :

DU NOUVEAU SOUS LES PONTS

Ah, ils les foutent à la Seine.
Anonyme

Il y a eu la journée du 17 octobre. Et celles d’avant. Et celles d’après. Et les cadavres dans la Seine, et les cadavres dans les bois. Aucune enquête sérieuse n’a été faite ni aucune sanction prise.
E.A.L.V.

Vous parlez d’Octobre 17
Moi je pense au 17 octobre


1

Paris 61 dix-sept octobre on est à l’heure grise
où le pays se met à table en disant c’est l’automne
lorsque silencieux venus des bidonvilles et cagnas
des Algériens français sur le soir envahissent
de leur foule entêtée les boulevards ils n’aiment pas
ce couvre-feu qui les traite en coupables
décidément ça fait trop d’Arabes qui bougent
le Pouvoir envoie ses flics sur tous les ponts
nous montrer qu’à Paris l’ordre règne
il pleut sur les marcheurs et sur les casques il va pleuvoir
bientôt sur les cris pleuvoir sur le sang

2

Sur Ahcène Boulanouar
battu puis jeté à l’eau
en chemise et sans connaissance
vers Notre-Dame il fait noir
le choc le réveille il nage
la France elle en est à la soupe

Et sur Bachir Aidouni
pris avec d’autres marcheurs
lancés dans l’eau froide aller simple
de leurs douars jusqu’à la Seine
Bachir seul retouche au quai
la France elle en est au fromage

Sur Khebach avec trois autres
qui tombent depuis le pont
d’Alfortville on l’aura cogné
moins fort puisqu’il en remonte
les frères où sont-ils passés
la France elle en est au dessert

Et sur les quatre ouvriers
menés d’Argenteuil au Pont
Neuf pour y être culbutés
dans l’eau noire en souvenir
de nous un seul va survivre
la France elle en est à roter

Et sur les trente à Nanterre
roués de coups précipités
depuis le pont dit du Château
quinze à peu près vont au fond
tir à vue sur ceux qui nagent
la France elle est bonne à dormir

3

Paris terre promise à tous les rêveurs des gourbis
leur Chanaan ce soir est dans l’eau sombre
ils ont gémi sous la pluie mains sur la nuque
c’est mains dans le dos qu’on en retrouve ils flottent
enchaînés par quelques jours à la poussée du fleuve
c’est la pêche miraculeuse ah pour mordre ça mord
on en repêche au pont d’Austerlitz
on en repêche aux quais d’Argenteuil
on en repêche au pont de Bezons la France dort
on repêche une femme au canal Saint-Denis
les rats crevés les poissons ventre en l’air les godasses
ne filent plus tout à fait seuls avec les vieux cartons
et les noyés habituels venus donner contre les piles
on peut dire qu’il y a du nouveau sous les ponts
la Seine s’est mise à charrier des Arabes
avec ces éclats de ciel noir dans l’eau frappée de pluie

Ludovic Janvier
La Mer à boire
Éditions Gallimard, 1987

Si bien reçu chez l’habitant, si chaleureusement qu’une bonne nuit de sommeil, dans un bon lit, y suit la lecture. Dès le petit déjeuner, flambée dans la cheminée. Il y a des gens qui savent. Alors, partir, repartir, dire au revoir, allô amis bobo…

vendredi 14 octobre 2011

Belle-famille!

13 octobre 2011, au matin – anniversaire des naissances des poètes Pierre Dhainaut et Yves Martin, lecture du jour : Le 13 octobre, poème de Paul de Roux recueilli dans La Halte obscure

Belle-famille !

Dans la boîte aux lettres, lors de mon passage à mon « domicile habituel », une grosse enveloppe expédiée depuis Poitiers, le cachet de la Poste faisant foi. Jean-Claude Martin, qui était présent à la belle fête surprise Jacques-Josse-Wamwig-Tipi-Approches, et que je ne suis pas seul à avoir eu le grand plaisir de revoir, retrouver, m’envoie un manuscrit et deux de ses livres : Château fable & autres histoires, et Tourner la page. Qu’ils sont « bêtes », ces poètes : ces deux ouvrages figuraient, avec la nouvelle édition (augmentée) de Ciels de miel et d’ortie, sur ma liste « à acquérir dès que possible ». Comment voudraient-ils donc devenir riches pour pouvoir répondre enfin positivement à la question qui leur est presque toujours posée dans les classes où ils « interviennent » : « Est-ce que vous gagnez beaucoup d’argent avec vos livres ? » À Rochefort-sur-Loire, voici quelques années, Jean-Claude avait lu quelques extraits de Tourner la page, alors inédits. Tous ses auditeurs, je crois, en avaient eu le souffle coupé. Inoubliable. Aucun livre, aucun texte de Jean-Claude Martin qui ne m’ait séduit, saisi, dans la pertinence, la concision et l’extrême précision d’écriture qui sont les siennes. Merci, mais, s’il te plaît, Jean-Claude, laisse-moi les acheter, tes livres ! D’ailleurs, si le Centre de ressources de la BreizhMaiPo ne les possède pas, je ne lui donnerai pas : je le forcerai à les acquérir sonnamment et trébuchamment.

Encore, de beaux courriels, courriers et messages « Facebouc » (comme dit Baptiste-Marrey, messages auxquels je ne sais répondre sur ce machin « social ») de Jean-Christophe Belleveaux, Yann Dissez, Henri Droguet, Valérie Rouzeau, Françoise Bauduin, Roger Lahu, Baptiste-Marrey, Magali Brazil, Erwann Rougé, Ronan Mancec, Marie-Christine Moreau, Conforama, d’autres. Pardons à ceux auxquels je n’ai pas répondu et à qui j’avance l’excuse de ne pas (savoir) trouver le temps, actuellement. Candide, peut-être, je me réjouis, et de plus en plus souvent, d’avoir gagné, avec la poésie, une belle famille (belle-famille ?)

C’est qui ? C’est qui, PSW ? Photo Michel Durigneux, bonjour Michel.

Hier soir, dîner chez des proches rue René-Marcille à Rennes ; ils sont gentiment venus me chercher en voiture, s’extasiant devant et dedans la Villa Beauséjour qu’ils ne connaissaient pas. Tellement émus et troublés (rires) de me recevoir, ils ont rangé leur voiture au garage et claqué la porte de celui-là en laissant à l’intérieur les clefs du même celui-là… dont ils n’ont aucun double. Pour rejoindre la Maison de la Poésie, vers minuit, il ne restait guère que la solution du taxi. Deux appels téléphoniques à deux compagnies. Une heure d’attente malgré leurs promesses : « Nous arrivons dans quelques minutes ». Un seul est venu, mais s’est d’abord trompé d’adresse, ne connaissant pas cette rue Marcille (sans accent s’il vous plaît) : nous avons dû le bigophonoguider. Il ignorait pareillement où se trouvait la rue Armand-Rébillon et j’eus droit à une longue promenade erratique Rennes by night. C’était beau…

Les auteurs dits dramatiques lisent très peu de poésie*. Les poètes ne lisent « pratiquement » pas de théâtre. Si proches, pourtant, ces écritures, et sans doute de plus en plus... Lié aux uns autant qu’aux autres, je n’en finis pas de me désoler de cette constatation (jusqu’à, par moments, me mettre au bord de la colère). Un effort, amis (et vous serez si hautement récompensés) ! Ce soir, atelier-lecture avec Pierre Notte à Guérande, auteur de romans et de pièces, et quel auteur, et quel tendre bonhomme ! Nous lirons Jean-Claude Grumberg, Tilly, Marion Aubert et bien d’autres. Vous aussi ? Jacques Serena (sans accents s’il vous plaît), de Pierre Notte, « adore » les textes… et l’homme (comment ne pas ?), tout particulièrement Moi aussi je suis Catherine Deneuve (broché, 17 août 2005 – anniversaire de la naissance de Edward James Hughes, dit Ted Hughes, lecture du jour : Rêve du 17 août 19.., poème de Jacques Roubaud recueilli dans La Forme d’une ville change plus vite, hélas, que le cœur des humains – 9 euros, Éditions de l’Avant-scène théâtre, « Collection des Quatre-Vents », en vente dans toutes les bonnes librairies, en lecture dans toutes les bonnes bibliothèques).

Pierre Notte, M. Copyright ?

* Une exception, l’ami écrivain belge Paul Emond qui mitonne l’un des sites littéraires les plus soignés et passionnants et passionnés qui soient : www.paulemond.com

Au boulot !

Dépôt

mercredi 12 octobre 2011

Tirez...

Retour à Rennes, enfin, après une semaine Laidséjour à Nantes, enlevé au monde réel, reclus du matin au soir dans une cour d’Assises pour témoigner et entendre larmes, mensonges, bêtises épaisses, horreurs, diffamations, mauvaise foi, débordements d’émotion, insultes… non, les mots sont trop faibles. Continuer à croire malgré tout, à l’humain, à l’humanité, à l’humanisme. Reconnue par le jugement, vendredi soir, victime à tous égards, sans le moindre doute ni la moindre réserve, notre Belle-Amie va, nous le voulons et espérons tous, pouvoir se « reconstruire » comme disent les psyqqch. Car tout procès use d’insupportables stratégies pour tendre à faire passer la victime pour coupable. Épreuve ? Le mot, encore, est trop faible, si faible, pauvres mots que nous avons, qui ne peuvent suffire à dire le vrai, jamais… Lorsque, repensant aux monstruosités que peuvent commettre nos frères humains, je tomberai dans quelque instant de désespoir, j’appellerai Isidore qui, dans le jardin de Beauséjour, pourra me consoler – avec panache, bien sûr !

Sur la poignée de la porte du palais de justice, cette inscription :


J’avais précédemment remarqué, sur la poignée d’une maternité : « Poussez ».
Ne tomber dans les pièges ni de la vengeance, ni de l’enfantement dans la douleur…

Sur le balcon de la Villa Beauséjour, fenêtre ouverte et radio à fond, j’entends, tandis que je regarde le canal d’Ille et Rance et Vilaine, la chanson de Jacques Brel Bruxelles :
« Ils étaient gais comme le canal
Et on voudrait que j'aie le moral »…
Le pré qui sépare la maison de la poésie du cimetière a été… fauché. Il sera plus facile de s’y rendre à pied, d’autant que Lionel a débarrassé le mur de tout le lierre qui le cachait, découvrant de superbes pierres rouges.

Quelle nouvelle : un poète prix Nobel de littérature ! Ça arrive quoi ? Tous les quinze ans, peut-être, pas plus. On se souvient de la Polonaise Wisława Szymborska (dont l’œuvre est de celles qui me touche le plus, que je considère comme magistrale, exceptionnelle, superbe, etc.), qui reçut ce prix en 1996. Les deux recueils d’elle dont je dispose dans ma bibliothèque comptent parmi ceux auxquels je tiens le plus et dont je ne me déferai jamais ; malheureusement, je crois que De la mort sans exagérer et Je ne sais quelles gens sont épuisés ; reste à visiter les bouquinistes, Livre Rare Book http://www.livre-rare-book.com/ et autres sites Internet de livres d’occasion.
Quinze ans plus tard, donc, c’est le Suédois Tomas Tranströmer qui est « récompensé ». En 1996, les Éditions du Castor astral avaient publié ses Œuvres complètes (1954-1996) traduites par Jacques Outin. Tenant au fil des jours une anthologie personnelle qui me fait recopier sur-dans mon ordinateur les poèmes « que j’aime », j’avais retenu ces trois-ci ; en partage, donc :

Ut majeur

Lorsqu’il se retrouva dans la rue après son rendez-vous galant
la neige tourbillonnait au vent.
L’hiver était venu
alors qu’ils s’étreignaient.
La nuit blanche luisait.
Il marchait à grands pas joyeux.
La ville entière paraissait en pente.
Des sourires croisés –
chacun souriait derrière son col dressé.
C’était la liberté !
Et les poings d’interrogation chantaient la présence divine.
Pensait-il.
Une musique se détacha
pour avancer à grands pas
dans la neige en tempête.
Tout convergeait vers la note do.
Une boussole incertaine dirigée vers le do.
Une heure passée au-delà des souffrances.
Tout semblait si facile !
Et chacun souriait derrière son col dressé.


Les ratures du feu

Durant ces mois obscurs, ma vie n’a scintillé que lorsque je faisais l’amour avec toi.
Comme la luciole qui s’allume et s’éteint, s’allume et s’éteint – nous pouvons par instants suivre son chemin
dans la nuit parmi les oliviers.

Durant ces mois obscurs, ma vie est restée affalée et inerte
alors que mon corps s’en allait droit vers toi.
La nuit, le ciel hurlait.
En cachette, nous tirions le lait du cosmos, pour survivre.


Sombres cartes postales

I

L’agenda est rempli, l’avenir incertain.
Le câble fredonne un refrain apatride.
Chutes de neige dans l’océan de plomb. Des ombres se battent sur le quai.


II

Il arrive au milieu de la vie que la mort vienne
prendre nos mesures. Cette visite
s’oublie et la vie continue. Mais le costume se coud à notre insu.

Mardi soir 11 octobre, lors d’une lecture amicale et complice avec Jacques Serena (sans accents s’il vous plaît) à La Quincaillerie générale de Rennes, je me suis permis de dire ces trois textes. Le Castor astral ayant été mon premier éditeur, je me sais désormais nobélisable ! Mais Jacques Serena, publié par les Éditions de Minuit, l’est depuis bien plus longtemps que moi… Nous patientons sagement, sereinement et avec confiance.
Bien sûr, médiatisation et commerce obligent (dont nous ne nous plaindrons pas ici), on annonce de toutes prochaines éditions traduites de Tomas Tranströmer. Chacun peut courir chez son libraire pour en savoir plus.

Jacques Serena, « crème » d’homme, nième confirmation. Jeudi 13 octobre, à Guérande cette fois, nouvelle lecture de compagnonnage avec une autre « crème », Pierre Notte, tendre Pierre. Je suis gâté. Consolations. À quoi je ne manquerai pas d’ajouter les nombreux et salutaires courriers, courriels et coudetéléphones avec PSW, ma magnifique.

mardi 4 octobre 2011

suite 1.


« Ce qu’il y a de plus profond dans l’homme c’est la peau »
Paul Valéry, auteur de Monsieur Teste, Charmes.



« Ce qui m’intéresse dans la peau, c’est le son. »
Jean « Popof » Chevalier, batteur-perculssionniste


















Première balade cyclotouristique – faute de barque.
Samedi soir 1er octobre (déjà !) : jusqu’au 76 canal Saint-Martin, soit juste en face, avec une bicyclette regonflée, mais au dérailleur encore capricieux. Ce sont les cinq ans de La Caravane compagnie, anniversaire et fête, accueillie à la Maison – ou, plus précisément, au jardin – du Comité de quartier. Atmosphère chaleureuse et bon enfant, organisation impeccable et toute de simplicité ; bien à l’image de Ronan Mancec que j’apprécie tellement (lisez donc sa belle pièce Je viens je suis venu) – nous nous connaissons depuis bientôt un an. Seule critique : ici encore, on sert du Coca-Cola, et non du Breizh-Cola (« le cola du Phare Ouest »…) ! Retour avec un phare qui fonctionne et un feu arrière récalcitrant. Aucun ripou à l’horizon, j’évite l’amende qui aurait pu m’être infligée.

Première faute d’orthographe relevée dans l’espace public d’Ille-et-Vilaine.
Hôtel Balladins (Erbrée).

Première ballade relue.
La Ballade des Dalton, album de Lucky Luke signé Morris

Premier livre relu.
Intitulé titre, de Denis Heudré.


Une question, une réponse.
Qu’est-ce qu’un artiste ? Ce peut être (cf. Manifeste du droit à être dans la lune, Tinqueux, hors série de la revue Dans la lune, Centre de créations pour l’enfance, 2010) un écrivain qui s’en va jusqu’à la gare prendre son billet de train pour Rennes et oublie le portefeuille qui lui permettra de s’en acquitter (dénoncé ici : Jacques Serena – sans accents, honte à vous, les Trianglés).

Plaisir.
Causer plantes, arbres, fleurs, graines… et désherbants (du gros sel, m’apprend-t-il !) avec Lionel. Oiseaux, aussi, enfants, vie.

Arnaque.
Ma bougie « santal de Mysore » (ou Maïssour, renommée Mysuru, deuxième ville de l’État du Karnataka, en Inde, chef-lieu du district homonyme, également ancienne principauté indienne – le royaume de Mysore, correspondant à l’actuel État de Karnataka – ne sent absolument rien, même en collant le nez dessus, quitte à s’en brûler les poils. Fournisseur : Leclerc ; fabriquant : Devineau (Vendée). Re-honte, à eux.

Première absence de Rennes.
Pour « cas de force majeure » – « force » et… violence, et « cas » tragique. Je me trouve cité comme témoin (de moralité !) dans un procès en Assises concernant une épouvantable agression dont a été victime l’une de mes meilleures amies. Quatre journées au Palais de justice de Nantes, qui promettent d’être atrocement éprouvantes pour cette femme remarquable en tous points, laquelle, victime, va devoir subir les odieuses attaques de la défense de ses agresseurs (quatre, même si trois seulement sont jugés) . Le jeu procédurier est bien de faire passer les victimes pour coupables (ici, sur l’air de Toutes des salopes allumeuses consentantes). Cette amie a échappé au meurtre programmé, mais pas au crime réellement perpétré, grâce à l’intervention d’un très jeune voisin dont le courage a été, vu les circonstances, admirable (c’est, ici, un euphémisme). L’espèce humaine ne serait donc pas entièrement désespérante.

Un aristocrate de jardin.
C’est un animal noble, on le sait, voire aristocratique, en l’occurrence un comte (de Lautréamont du Casse-Noisettes de Piotr Ilitch, s’entend). Qui ? Eh bien, Isidore, le gwiñver ainsi baptisé par ma Petite Sœur Waouh, grande inventeresse des plus jubilants trésors et surnoms, insatiable amoureuse des règnes animal et végétal. Notre escural, escuriax, escurel, escureul, l’escuireul, escuriel, escuriuel, escuiroil, esquirol, scuriolus, sciurus, skiouros, ce Sciridé ici ni volant (quoique), ni xérus, ni anomalure, ni polatouche, ni écureux, ni grisamerloque, mais bien roux-de-chez-nous, qui enchante de ses bonds acrobatiques le jardin Ken Chomadenn. Sous le charme (ou le cyprès) d’une première parade, j’attends sa prochaine visite.

(À suivre…) ?


dimanche 2 octobre 2011

Arrivée au son de la paix...


Premier soulagement.
Découvrir qu’il n’y a, dans l’appartement, pas de téléviseur – une antenne repérée sur la cheminée m’avait fait craindre le pire.

Premiers achats.
Une bougie désodorisante santal de Mysore, spécial anti-tabac (« + / – 14 H ») car, j’avoue, je confesse et je culpabilise conséquemment, j’ai fumé quelques cigarettes – wigwamiques, certes, et hommagiquement – (toutes fenêtres ouvertes, cependant) dans l’appartement (à ne pas répéter à M. Erwann Sécurité, merci) ; et un aérosol d’atmosphère Bien Air (pourquoi pas Beauséjour ?) « anti tabac cannelle & fruits 2 en 1 parfume l’air, neutralise les odeurs », fabriqué en Turquie – Europe. Imprimé (sic) sur le ticket de caisse: « Grand Jeu – tirage au sort* "Gagnez une Television ecran plat" » – ah non !

Premier poème lu.
« Bien dans sa peau
La douceur à fleur de peau. »
(© Papier toilette rose de l’appartement).

Premier « larcin » posé sur la table du séjour.
Un dahlia blanc contenu dans une jolie coupe (à champagne, à fruits ?) et subtilisé sans vergogne à la fin de la si belle fête de Wigwam-est-mort-vivent-Wigwam-&-J.J.


Premier souvenir apprécié de la soirée de samedi.
Que Jean-Pascal débute la série de lectures en choisissant le (superbe) texte de Valérie, Petite Sœur Waouh, plutôt que de « se lire », engageant ainsi une belle procédure désegocentrée des uns servis par les autres.

Premiers bonheurs.
Retrouver, voire rencontrer, parfois pour la première fois après lire et échanger, Henri, Marc, Paol, Denis, Jean-Christophe, Thierry, Yvon, PSW, Claire, Erwann, Michel, Gwenaëlle, Édith, Françoise, Jean-Claude, Jean-Claude, Lionel, Jérôme, Bernard, Christian, etc., bien sûr Jacques, Gwénola, Alexandre, toutes celles tous ceux auxquels je ne pense pas moins, toutes celles tous ceux que j’oublie de nommer, pardon !

Première dégustation choisie dans un frigo généreusement rempli.
Un salers AOP provenant du Leclerc Sodi Rennes de Saint-Grégoire et excellentissime (le verre de mercurey n’était pas prévu, las !).

Premières vues du premier matin.
Le canal Saint-Martin ; deuxième : le cimetière du Nord Saint-Martin – on pourra remarquer que Martin est le saint patron des policiers (dont, par un exemple choisi au hasard de l’actualité : Michel Neyret). Proposition de rebaptisation : Cimetière Saint-Ripou.

Premier manque beauséjournien.
Une bouée de sauvetage.

Première promenade pédestre (ne pas confondre avec jogging).
À moins de cent mètres de mon nouveau chez-moi, arrêt-observation-méditation devant la plaque Rue Armand-Rébillon presque entièrement cachée, et illisible, conséquemment à l’épais feuillage vernaculaire qui l’habille. Idéal pour brouiller l’accès et l’ouverture à la poésie (lesquels doivent se mériter !) et pour n’y accepter La Caravane compagnie qu’illégalement (avec quelle jubilation, donc !)

Premier coup de téléphone donné.
À ma petite sœur rennaise (rue René-Marcille, et non Marcillé comme orthographié presque partout).

Premier coup de téléphone reçu.
Gwenaëlle Rebillard (qui n’a pas encore de rue à son nom).

Première interrogation.
Accents ou pas accents en breton, y compris circonflexes et trémas ? Gwenaëlle, Gwénola, Alèxandre

Premier raté du premier matin.
Deux tartines complètement brûlées sur la grille du (très rapide, puissant et efficace) four électrique.

Premier scandale.
À Saint-Jouan-des-Guérets (Ille-et-Vilaine), première lecture, on nous offre du Coca-Cola, et non du Breizh-Cola ! Bon, d'accord, ça sonne moins bien, comme l'écrit Frédéric Forte dans ses Comment(s): "C'est accolé, c'est comme ça qu'on dit, ac-colé, en marquant bien les deux c, comme dans Coca-Cola."

 
Premier geste.
Essayer la bicyclette (je m’oblige, pour suivre les recommandations de ma maman, à ne jamais dire ni écrire vélo) de la Breizh-MaiPo. Déraillée, dégonflée, sans antivol, ni pompe, mais on va réparer ça !

Premier regret.
Pas de composteur dans le jardin (tant pis, je balance mes épluchures de poireaux, pommes de terre, courgettes, oignons, poivrons, carottes et autres aux sur le tas d’herbe tondue – avec l’autorisation officielle de Lionel). Faute de frappe lacanienne : j’avais écrit épluchiures.

Première recherche vaine.
Un escabeau haut pour remplacer l’ampoule du plafond de la cuisine du rez-de-chaussée (j’avais trouvé, pourtant, le tournevis, cruciforme et ad hoc, mais Jérôme l’a repris).

Premier disque écouté.
Trois gymnopédies d’Erik Satie par Yitkin Seow (emporté dans mes bagages).

Premier livre ouvert et lu.
Nono, de Thierry Le Pennec : Magnifique et bouleversant.

Première angoisse.
Perdre (à chaque seconde) le Parker plume offert par Pierre Notte et chargé à l’encre sépia Café des îles (J. Herbin).

Première surprise.
Le Sénat passe à gauche… Où va la France ?

Première réponse aux anti-Bretons.
Il fait beau ici, très beau. Même s’il pleuvait, qu’importe : on sait qu’en Bretagne, la pluie ne tombe que sur les cons.

Premier petit mammifère rongeur… et inattendu observé dans le jardin.
Un écureuil roux venu longuement s’y ébattre – et comment ! Un yankee gris m’aurait moins réjoui. Le Grand Robert de la langue française m’apprend que sa chair est comestible et sa fourrure très recherchée pour confectionner, singulièrement, des vestes.

Première pancarte repérée pour retrouver la route de l’appartement Beauséjour.
« Chambre funéraire ».

Premier texte écrit.
Ça… (petit, mais pieux mensonge car je ne compte pas la douzaine de feuilles et fiches et petits papiers gribouillés de notes brouillonnes et diverses enfouis dans mes poches).


(À suivre…) ?